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Arts Vivants 11 questions à ... Fabrice Ramalingom - Cie R.A.M.a

Fabrice Ramalingom est un homme multiple, à la fois chorégraphe, danseur, performeur, transmetteur, enseignant et pédagogue. Après des études au Centre national de danse contemporaine à Angers, il commence sa carrière de danseur-interprète avec Dominique Bagouet et Trisha Brown et continue ensuite auprès de Hervé Robbe, Benoit Lachambre, Boris Charmatz et Anne Collod. Parallèlement à l’aventure des Carnets Bagouet, cellule de réflexion et de transmission des œuvres du chorégraphe disparu, il co-fonde avec Hélène Cathala la cie La Camionetta et Changement de propriétaire, lieu alternatif transdisciplinaire de production et de création. Depuis 2006, il dirige seul la compagnie R.A.M.a. où il crée des pièces qui traitent du vivre ensemble et de l’émancipation.


Après un passage remarqué à la scène Nationale de Narbonne au printemps dernier, Fabrice Ramalingom sera de retour dans l’Aude le mois prochain pour une résidence de création coordonnée par Arts Vivants 11, à l’Espace Culturel des Corbières - Ferrals-les-Corbières du 5 au 13 juin. L’aboutissement de ce premier travail de recherche mêlant danseurs amateurs et professionnels, sera présenté en 1ère, lors du festival Montpellier Danse 2020.


Présentation publique de cette création le jeudi 13 juin à 19h à l’Espace Culturel des Corbières
Entrée libre - Renseignements au 07 83 68 64 45 -
Plus d’infos ici


Cet artiste multiple répond ce mois-ci à notre questionnaire.


1. Trois mots pour vous décrire

Danseur, Chorégraphe, Transmetteur ou Homme, Métis, Middle-Âge ou Joyeux, Engagé, Lucide.


2. Trois mots qui définissent votre travail

Définir mon travail artistique en trois mots, impossible ! On perdrait toutes les nuances que je tente désespérément de mettre dans chacune des tentatives de gestes, de relations, de constructions de mes spectacles.


3. Si vous étiez un livre ou un film, qui seriez-vous ?

Livre : « Si j’étais vous » de Julien Green ou « Tous les hommes sont mortels » de Simone de Beauvoir.
Film : « La loi du désir » d’Almodovar ou « Les Rêves Dansants ».


4. Un rituel dans votre journée de travail ?

J’essaie de ne pas en avoir.


5. En quelques mots, comment se prépare un cours de danse ?

Aujourd’hui, je ne donne plus de cours mais je me dirige davantage vers la notion d’atelier qui me permet d’être plus créatif et d’offrir en cela un espace de créativité.


6. Comment la danse est-elle entrée dans votre vie ?

Par les fêtes de famille, puis par imitation des chorégraphies de Claude François, Fred Astair ou plus tard Travolta, puis une invitation de ma soeur à l’accompagner à un cours de danse.


7. La danseuse/Le danseur avec lequel vous voudriez passer une journée ?

Je passe du temps avec beaucoup de danseurs et danseuses avec qui j’aime passer du temps et qui m’entourent déjà.


8. Un spectacle que vous aimez

Il y en a tant !! Peut-être, le premier spectacle de danse que j’ai vu et qui m’a profondément bouleversé : Auf dem Gebirge hat man ein Geschrei gehört (Sur la montagne on entendit un hurlement) de Pina Bausch. J’ai été ému par une scène en particulier qui est restée gravée dans mon esprit depuis ce soir-là. Dans cette scène, il y avait un couple qui s’enlaçait très fort au bord plateau, côté jardin (à gauche pour le spectateur), puis le plateau s’est vidé et est resté ce couple qui continuait de s’étreindre avec force, un bon temps dans le silence. Puis soudain, l’homme a sauté de la scène et s’est enfuit laissant la femme les bras ouverts comme si on lui avait arraché une partie d’elle-même, immobile et titubante à la fois. il y a eu une émotion palpable dans toute l’assistance. Soudain un homme secouant une cloche est apparu derrière elle en fond de scène, criant « entracte » entre chaque tintement, coupant l’émotion de compassion des spectateurs, invitant le public à se lever et à sortir. La plupart sont sortis tournant le dos à cette femme, passant même devant elle. Mais comme quelques autres, je n’ai pas pu, pris par la situation cruelle et triste. Je ne pouvais pas lâcher du regard cette femme abandonnée comme pour la soutenir dans cette épreuve de double abandon. Pendant tout le temps de l’entracte, le crieur à la cloche brossait les cheveux de cette femme avec un objet blanc que je n’arrivais à distinguer et ce jusqu’au son strident du théâtre pour rappeler le public en salle. Une fois le public assis, le crieur à la cloche s’en est allé, laissant cette femme à la même place, immobile et titubante à la fois, toujours dans la même posture, juste un peu plus fatiguée, avec des cheveux blancs, comme si le temps était passé, attendant toujours. Évoquer le temps passé en vieillissant une personne en quelques minutes par l’artifice d’une craie qui blanchit les cheveux est d’une ingéniosité simple et bouleversante. Mais créer une immobilité semblant vacillante comme une légère flamme de bougie est un grand art, qui plus est si au fil du temps la posture se transforme imperceptiblement pour transmettre la fatigue dans cette même posture. Je n’avais jamais eu auparavant et je n’ai plus jamais eu, une telle émotion.


9. Un spectacle que vous avez vu mais que vous ne pouvez pas avouer

A priori, je n’ai pas de sentiments de culpabilité par rapport aux spectacles que j’ai pu voir. Je laisse la honte à ceux qui pensent certains spectacles dégradants et la prétention à ceux qui les estiment idiots.


10. La scène où vous rêvez de danser

À mon âge, je n’ai plus de désir de ce type. J’ai dansé sur des scènes prestigieuses, il y avait de l’excitation et j’ai pu me sentir appartenir à un monde d’élite, mais en général dans ces contextes, le rapport avec le public est faussé : il y a beaucoup moins de générosité, moins de partage, de part et d’autre de la scène.


11. Le spectacle vivant, ça sert à quoi ?

Comme je viens de le dire dans la réponse précédente, le théâtre ou le lieu de représentation de la danse est un lieu d’échange et de partage unique, ce que vous allez vivre lors de la représentation du spectacle ne se produira qu’une et une seule fois. Même si vous revenez voir ce spectacle, ce sera différent. Et ça, ça contient plein de notions : la notion de la présence, de l’attention, de l’adresse, de l’écoute, de l’empathie, du réel, du don.


Plus d’infos sur la compagnie R.A.M.a : http://www.rama.asso.fr